p o s t u r a ( 2024 )
Tout a commencé par un livre que l'on m'a offert : Book of Self-Defence de Honor Blackman, publié en 1965. Ce manuel, destiné à enseigner les bases de l’autodéfense et des stratégies de protection, a résonné en moi comme un point de départ. Ce qui m'a particulièrement marqué, ce sont les mises en scène de l'autrice dans la rue, en train de se défendre contre des agressions sexuelles. Ces images, où l'autrice adopte des postures de défense au sein de l’espace urbain, donnaient à voir une résistance active et incarnée, inscrite dans l’espace public. Il ne s’agissait pas seulement d’apprendre des techniques, mais aussi de questionner la transmission de ces gestes et leur pouvoir symbolique. Cette réflexion a guidé la réalisation de la série Postura.
Dans un espace épuré, le modèle se déplace, esquisse des gestes précis, répète des mouvements codifiés. Son corps s'ancre, se projette, se défend. Postura est une série qui met en scène des figures d’autodéfense, rejouées comme une chorégraphie. Privés de leur contexte d’urgence, ces gestes deviennent une écriture corporelle, une grammaire de la résistance et de l’affirmation de soi.
Loin de l’affrontement direct, la modèle s’approprie ces figures comme un langage, un dispositif qui met en scène la maîtrise et l’occupation de l’espace. Dans le silence du studio, chaque mouvement raconte une histoire : celle de la nécessité d’occuper l’espace, de se préparer sans peur, de prendre conscience de sa force.
Le regard sur cette modèle oscille entre contemplation et interrogation. Que signifie représenter la défense sans l’attaque ? Comment percevons-nous ces gestes lorsqu’ils sont soustraits à l’urgence du danger ? Postura interroge la place du corps féminin dans l’espace public, la transmission des stratégies d’émancipation et de défense.
Ce projet-performance s’inscrit dans une réflexion plus large sur les stratégies et le regard dominant porté sur les femmes, sur l’assignation d’une posture et la possibilité d’en changer. Ici il s'agit de considérer ces gestes comme une écriture du corps et un acte de résistance qui invite à repenser la représentation d’une présence affirmée et autonome..